Koudelka

jaquette du jeu koudelka sur PS1

Koudelka – Playstation / PS One

Quand on entend le nom de l’éditeur « SNK », on pense naturellement à des titres comme Metal Slug, King Of Fighters (KoF pour les intimes) ou encore Samurai Shutdown. Pourtant, en l’an de grâce 2000, l’éditeur crée la surprise en sortant chez nous un J-RPG horrifique, fait alors par le jeune studio Sacnoth.

RPG horrifique ?! Oui, vous avez bien lu. Le but est de surfer sur la vague des succès comme Resident Evil / Silent Hill pour le côté horreur mais aussi sur les succès des Final Fantasy avec son aspect RPG. A cette époque, Koudelka a pour ambition de dépasser ses maîtres avec des séquences cinématiques hallucinantes, des décors somptueux, une ambiance oppressante et des combats intéressants. Si, au final, le pari est à moitié réussi, Koudelka a en lui quelque chose de marquant. Un petit quelque chose qui aura marqué les esprits des joueurs de l’époque qui auront posé leurs mains dessus. 20 ans après, Retro-Games.fr revient sur cet objet étrange qu’est le jeu de Sacnoth.

“Koudelka, fais-moi peur !”

monastere nemeria koudelka PS1

Le monastère de Nemeton dans Koudelka est vraiment… dérangeant.

Nous sommes le 31 octobre 1896 au Pays de Galles en Grande-Bretagne. Koudelka, jeune femme aux pouvoirs télépathiques, est appelée par une étrange voix venant d’un esprit au monastère Nemeton, une ancienne forteresse érigée il y a presque mille ans pour éradiquer les forces du Mal. A son arrivée, elle croise un étrange personnage, Edward, aventurier-voleur au bord de la mort car attaqué par une sorte de mort-vivant. Après s’en être débarrassé, les deux compagnons d’infortune se rendent rapidement compte que ce monastère n’est pas banal. Des tas de cadavres s’amoncellent dans les moindres recoins, des créatures morbides rôdent et l’esprit d’une jeune fille, Charlotte, tente de les tuer par tous les moyens. La nuit risque d’être longue.
L’ambiance est posée. Koudelka n’aura rien d’une promenade enchanteresse dans un monde rempli de couleurs chatoyantes. Ici, seul le noir et le rouge sont admis.

Ce qui frappe d’entrée le joueur est le soin apporté à l’ambiance générale du titre. Dès les premières minutes, le monastère de Nemeton se révèle être un bijou de travail horrifique pour les amateurs du genre. Dans des plans fixes à la Resident Evil, les couloirs étriqués font ressentir l’oppression au joueur à travers d’innombrables détails. Tout d’abord, les murs transpirent la crasse qui ressemble à certains moments à du sang. Si l’histoire se déroule principalement dans le monastère, celui-ci est assez grand pour permettre la visite de lieux aussi différents qu’un immense jardin plongé dans le silence le plus total à une salle de torture débordant de sang à un cimetière surplombant une falaise en proie au vent. Tous ces lieux un peu « clichés » sont parfaitement travaillés d’un point de vue artistique (certains plans dans le monastère sont magnifiques comme cette pièce rongée par les plantes où vous allez affronter un premier boss) et donnent une ambiance très sombre au titre de Sacnoth.

décor vitrail monastere koudelka ps one

L’ambiance étrangement monacale de Koudelka donne un certain cachet au jeu.

De plus, si un soin particulier a été apporté à l’aspect visuel de Koudelka, Sacnoth n’oublie pas le sound design de son jeu. Les parquets grincent, des bruits étranges se font entendre au loin. Parfois, le simple fait d’entendre seulement les bruits de pas de l’héroïne dans une immense salle plongée dans le silence met mal à l’aise. Certes, il est vrai qu’en 2020 certains « jump-scare » ne fonctionnent plus du tout mais Koudelka reste un jeu à l’atmosphère glauque parfaitement maîtrisée.

Globalement, Koudelka est un jeu qui se veut irréprochable sur son ambiance et sur sa beauté artistique. Le marketing de l’époque appuyait énormément dessus. Pour enfoncer encore le clou sur ces points, Sacnoth se la joue Final Fantasy avec des cinématiques absolument somptueuses pour l’époque et qui n’ont pas trop mal vieilli. De plus, Infogrammes qui distribue le jeu en Europe, a donné quelques milliers d’euros pour permettre à Koudelka d’avoir des voix françaises, chose très rare à l’époque pour des J-RPG (sauf erreur, Legend Of Dragoon est le seul avec Koudelka à posséder une VF). Et chose encore plus rare, les voix françaises sont plus que correctes. Infogrammes a fait les choses en grand en demandant à des cadors du doublage de jouer les personnages. Par exemple, Bernard Lanneau (doubleur d’Alec Baldwin ou Michael Keaton) interprète Edward. Cet effort sur le doublage donne un peu plus de chair à des personnages qui s’éloignent, par moment, des stéréotypes de l’époque dans les J-RPG.

Une intrigue pesante… de seulement 10 heures

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Le personnage  de Koudelka se révèle mille fois plus intéressant qu’un simple avatar vecteur de fantasmes

En effet, les trois personnages principaux sont loin d’être des blocs de certitude. Ils sont nuancés et portent en eux une douloureuse mélancolie liée à leurs passés que je ne peux vous dévoiler dans ces lignes. Cependant, ne vous fiez pas aux apparences. Koudelka, sous ses aspects d’aventurière que rien n’effraie, dévoilera à certains moments du jeu des faiblesses dues à un passé douloureux. Même un personnage comme Edward, moqueur, qui se veut le plus « lumineux » des trois montrera l’aspect sombre de sa personnalité. Vous l’aurez compris, Koudelka tente de s’éloigner de l’image traditionnelle du J-RPG de l’époque avec un propos qui se veut plus mature. Et cela fonctionne plutôt bien durant tout le jeu même si on peut reprocher aux scénaristes de prendre leur temps pour dévoiler certains aspects de l’intrigue alors que le jeu reste assez court (une dizaine d’heures malgré quatre CDs…).

La durée de vie de Koudelka est l’un des aspects les plus fâcheux du titre surtout pour l’époque. Le jeu de Sacnoth se fait en ligne droite. Il y a des aspects positifs comme un rythme soutenu et un « leveling » quasi-inexistant qui permettent d’aller à l’essentiel. Mais les points négatifs de cette courte durée de vie sont plus nombreux.

Dans un premier temps, les énigmes sont simplistes. Leurs intérêts sont minimes, ils sont inintéressants. Et dans un second temps, il n’y a rien à faire ou presque en dehors de la trame principale. A part un boss optionnel, il n’y aura rien d’autre à faire dans le monastère. C’est trop peu. Quand on a commencé le J-RPG à l’époque avec un Final Fantasy VII et sa multitude de quêtes annexes à faire en dehors de l’histoire, leurs absences sont dommageables. L’aventure et la découverte en prennent un coup. A l’instar du Legend Of Dragoon de Sony sorti quelques mois plus tôt, on a l’impression que le studio a mis toutes ses forces et son argent sur le visuel et l’ambiance pour délaisser d’autres aspects du jeu notamment son versant RPG.

Koudelka ou le gameplay bancal

Avant tout, Koudelka reste un RPG. Un système de jeu avec des stats, des armes, de la magie, du leveling. Malheureusement, si le jeu a de la suite dans les idées, leurs réalisations ne suit pas toujours.
Tout d’abord, Koudelka possède des combats aléatoires. Là où les choses changent quelque peu par rapport à la majorité des J-RPG d’époque, c’est que vos personnages sont sur un échiquier qui représente la zone de combat. Il y a donc une composante « tactical » dans Koudelka. Il faudra prendre en compte les phases de déplacement avant d’attaquer, ainsi que la distance entre vos personnages et les ennemis pour anéantir les opposants. Par exemple, si votre personnage dispose d’une hallebarde comme arme, il pourra ne l’utiliser que s’il se trouve à deux cases de distance de l’ennemi. S’il se retrouve à une case d’intervalle, c’est-à-dire au corps-à-corps, la hallebarde ne servira à rien. Il faut donc constamment réfléchir les déplacements dans Koudelka pour éviter de se faire coincer dans un coin.

combat rpg koudelka SNK PS1

Visuellement, la zone de combat est assez terne : un vague terrain quadrillé, entouré de bords noirs…

L’aspect « tactical » permet également de faire très mal à ses ennemis. Si votre sort est assez puissant et que deux monstres se trouvent sur une même ligne côte à côte, le sort touchera les deux.
Malheureusement, le jeu est tellement facile que la stratégie est un peu laissée côté au fur et à mesure de l’avancement dans le jeu. On se contente de « tanker » avec Edward, Koudelka en soutien et James en soin. Rien de bien transcendant.

Cependant, le système de jeu de Koudelka ne repose pas uniquement sur un mix entre du « tactical » et du tour par tour. La bonne idée du jeu est de faire monter de niveau les sorts et les armes en fonction de l’utilisation que vous en faites. Plus vous utilisez un sort ou une arme, plus le sort ou l’arme deviendront puissants. Si cette idée peut avoir du bon et rend possible une spécialisation de chaque personnage, on ne comprend pas pourquoi les armes sont… destructibles. En effet, les armes s’usent au fil des combats avant de casser. Par conséquent, le système de leveling est illogique en ce qui les concerne. De plus, il est impossible de savoir quand une arme cassera. Aucune jauge ou indication ne sera présente pour vous avertir. Heureusement, après un certain nombre de combats, les ennemis donnent des armes assez généreusement.

Quant au système de leveling des personnages, il est assez simple. A chaque combat, vous gagnez de l’expérience. Dès que votre personnage gagne un niveau, vous avez quatre points à répartir sur différentes statistiques comme la Force, la Chance etc.. Du classique en somme.

scene de combat dans koudelka sur PS1

Aves ses animations lentes, les combats n’ont rien d’amusants…

Pour être honnête, ce qui est gênant dans les affrontements de Koudelka c’est la lenteur générale. Le système est peu dynamique à cause à des temps chargements des transitions et des animations nombreuses. Entre le déplacement de l’ennemi, son animation d’attaque et la transition avec vos personnages, il peut se passer plus d’une trentaine de secondes avant que vous ayez la main. C’est tout simplement frustrant. Si l’ennemi est rapide et qu’il attaque deux fois à la suite, vous avez même le temps de vous faire un bon chocolat chaud.

Cette lenteur s’explique par la beauté du jeu, des ennemis bien glauques modélisés parfaitement pour l’époque (masse informe de bras et de jambes surplombée d’une tête de bébé, un corps d’une mariée criblé de verre, des cafards géants, des fantômes. Toute la boutique des horreurs y passe !). Mais cela n’est pas acceptable. Trop long ! On finit par vouloir fuir tous les combats par peur d’y passer trop de temps. Sacnoth rate ce qui est important dans un RPG, son système de combat. Malgré des bonnes idées, les développeurs n’ont pas eu le temps ou l’expérience pour fluidifier l’ensemble des mécaniques proposées.

Pour conclure, Koudelka est un objet étrange, fascinant. Le jeu a pour lui une écriture originale pour l’époque et une ambiance très soignée. Malheureusement, le soin apporté au côté artistique de l’œuvre de Sacnoth ne se retrouve absolument pas dans le système de combat. Trop lent, trop facile, trop simple, le combat dans Koudelka peut devenir une véritable plaie à jouer après seulement quelques heures. 20 ans après, nous gardons surtout en tête les personnages, les quelques frissons que nous avons eu et un lieu nimbé de mystère. Pour un premier RPG, Sacnoth s’en tire relativement bien. On aurait aimé avoir une réelle suite à Koudelka pour voir un vrai système de jeu solide. Hélas, le premier RPG de Sacnoth ne s’attirera jamais les grâces de la foule…

Les meilleurs prix pour Koudelka sur PS1

Informations techniques

Développeur : Sacnoth
Éditeur : SNK
Date de sortie : 27 septembre 2000
Nombre de joueurs : 1 joueur
Style de jeu : Horror J-RPG
Durée de vie : Environ 10 à 12 heures
Cote au 21/01/2020: Environ 20 à 25 euros en complet

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Auteur: Antho

Féru d’Histoire et de jeux vidéo depuis ma tendre enfance, j’aime concilier mes deux passions à travers la (re)découverte des titres de notre enfance avec un esprit un brin plus mature. Ardent défenseur de Sega face au “petit artisan” Nintendo, la Megadrive et la Saturn ont bercé ma jeunesse. Oui, “Sega, c’est plus fort que moi”.

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