Critique : « La légende Dreamcast » aux éditions Pix’n Love

Une synthèse des errements chez les éditeurs de livres sur les jeux vidéo

par Gwoka

livre la dreamcast par les ditions pixnlove« La légende Dreamcast » éd. Pix’n Love

Avril 2017 fut la promesse d’un avenir radieux pour tous les fans de la Dreamcast. Pix’n Love, éditeur français de livres sur l’histoire du jeu vidéo, annonce la sortie d’un livre sur l’Histoire de la Dreamcast, la dernière console de Sega.

L’éditeur s’enorgueilli sur un post Facebook du 4 avril 2017 d’un livre en partenariat avec Sega : « Pix’n Love, en partenariat avec Sega, est heureux de vous dévoiler deux ouvrages exclusifs sur l’histoire de la Dreamcast ! Des premières esquisses jusqu’à la commercialisation de la Dreamcast en 1998, découvrez les coulisses de sa création à travers de nombreux documents d’archives, interviews et dessins de conception encore jamais dévoilés, mais également l’intégralité de sa ludothèque ! Disponible dès à présent en précommande en version Collector numérotée « Sonic Adventure Edition » et « Shenmue Edition », exclusivement sur le site de Pix’n Love. »

Ô joie ! Ô Bonheur ! Une bible sur la Dreamcast va sortir ! Ô diable l’avarice, on précommande pour être sûr d’avoir ce livre dans sa bibliothèque le jour de sa sortie. Malheureusement, l’attente sera longue de cinq ans. Il faudra attendre novembre 2022 pour poser ses yeux sur le livre relatant cette glorieuse machine au succès éphémère. Et quelle déception !

Le manque de communication et le marketing douteux de Pix’n Love (et des éditeurs de livres sur le JV en général)

L’histoire commençait bien. Le 30 mars 2017, Pix’n Love « tease » sur leur page Facebook leur prochain gros projet en montrant des croquis de prototypes d’une console ayant définitivement marqué son époque. Les lecteurs les plus aguerris comprirent très vite qu’il s’agissait des prototypes de la Dreamcast. Cette première impression sera confirmée un jour plus tard avec un fond bleu mis en avant par Pix’n Love. En avril, l’éditeur fera plusieurs messages pour annoncer le partenariat avec Sega, sur l’univers de la Dreamcast, et à propos du début des précommandes.

image de promotion du livre la légende dreamcast de pixnlove

Une des premières images promotionnelles autour du livre

Par la suite, ce sera le silence complet sur les réseaux sociaux, et ce malgré les relances des fans sur l’avancement du projet dans les commentaires liés à d’autres sujets. En 2019, Pix’n Love communique officiellement une dernière fois sur le livre en précisant que ce dernier est terminé. Ils n’attendent plus que la validation de Sega. Entre 2019 et 2022, le néant ou presque. Par courriels, Pix’n Love répondait parfois en s’excusant pour les retards sans préciser le pourquoi du comment. En 2021, toujours par courriels, l’éditeur annonçait à certains acheteurs que le livre sortira en 2021.

Au final, en juillet 2022, on apprendra que l’ouvrage est enfin finalisé et que « les rotatives de l’imprimerie tournent à plein régime ». Dans ce courriel, on découvrira également que les éditions collectors de l’ouvrage avec Sonic et Shenmue sont annulés. À la place, ils seront remplacés par une édition collector unique au couleur de la Dreamcast. De plus, le prix passe de 79,99 euros à 49,99 euros. Ce message laisse dubitatif. Le livre va enfin sortir mais ce changement de prix soudain n’annonce peut-être rien de très bon…

image des éditions originales du livre la légende de la dreamcast par pixnlove

Au départ, il devait y avoir deux éditions collectors (version Sonic ou Shenmue) avec un artbook exclusif aux collectors.

Avant de revenir sur le livre en lui-même, il est tout de même utile de revenir sur la façon de procéder de Pix’n Love et d’autres éditeurs de livres sur les jeux vidéo (coucou Geeks Line !). La sortie tardive du livre sur la Dreamcast est imputée en grande partie à la validation tardive de Sega et au Covid. Si ces deux points ont probablement eu une incidence sur la date finale, il serait bien trop facile d’excuser l’éditeur français de ce retard.

Tout d’abord, ils ont annoncé et lancé les précommandes bien trop tôt dans l’avancement du projet (probablement dès qu’ils ont eu l’accord avec Sega). Comme on l’a vu, la communication fut quasi- inexistante. Ce n’est pas la première fois que Pix’n Love agit de la sorte. Il suffit de voir les mooks trimestriels qui le sont rarement et les précommandes d’autres livres/jeux vidéo où les dates sont rarement tenues.

Néanmoins, Pix’n Love n’est pas seul dans ce cas-là. Récemment, Geeks Line a fait parler de lui avec les multiples reports et une communication proche du néant concernant leurs livres sur l’histoire de Sega et l’anthologie ultime sur la Mega Drive. Dans ce cas précis, l’attente sera moins longue (un peu moins d’un an de retard) et le livre se révèlera à la hauteur des attentes.

Au final, nous pouvons constater que Pix’n Love n’est pas seul à annoncer très tôt au début d’un projet une date de sortie intenable et à balancer des précommandes pour amasser de la trésorerie en jouant sur le tirage limité des livres. Pour nuancer ce propos, certains éditeurs comme Third Editions ou Omaké Books semblent plus respectueux vis-à-vis de leurs lecteurs en annonçant des dates quand les projets sont déjà bien avancés.

Une Bible sur la Dreamcast version Wish

Il est normal de pester sur les manières de Pix’n Love. Malgré tout, le livre tant attendu est enfin sorti. Le livre qui doit nous montrer « les coulisses de sa création à travers de nombreux documents d’archives, dessins de conception et prototypes encore jamais dévoilés ! » est dans nos mains. Dès les premières pages, le sphincter se resserre de peur de sentir une sensation non désirée. Le livre qui devait rendre hommage à la Dreamcast est une calamité.

Le livre ne revient absolument pas sur le processus créatif qui a amené à la sortie de la Dreamcast. Il y a une page – dont la majeure partie est prise par un fond bleu et une photo publicitaire – pour le jour de lancement sur chaque continent. Et c’est tout. Vous n’aurez quasiment rien de précis sur le développement en interne de la console. Vous aurez seulement droit à quelques croquis de prototypes. Le livre ne contient même pas les spécifications finales de la Dreamcast !

S’ensuit alors beaucoup de photos sur les accessoires limités ou non de la console de Sega. Même là, Pix’n Love n’arrive pas être exhaustif. Il manque des manettes, des VMS ou même encore des pages sur des éditions spéciales de console. Parfois, le livre se paye le luxe de raconter la même chose d’une page à une autre. Quelle fut ma stupeur de lire la même information sur la différence entre les manettes US/JAP et la manette EUR deux fois de suite (je vous le donne en mille… la couleur du logo).

De manière générale, « La légende Dreamcast » ressemble plus à un artbook qu’à un véritable livre qui irait en profondeur sur la Dreamcast. Il y a énormément de photos (rarement des documents exclusifs d’ailleurs) qui prennent de la place où les explications sont parfois minces quand il y en a. Il n’y a aucun entretien avec personne ayant travaillé de près ou de loin sur la console ou même un jeu de la Dreamcast. Pour résumer, le livre est vide d’une quelconque réflexion sur Sega et sa dernière tentative de renverser la table.

photo de la console dreamcast de sega

Elle méritait mieux comme « hommage »…

Plus on avance dans le livre, plus on se rend compte de l’ampleur du désastre. Sur la partie « software », on se rend compte qu’il n’y a pas vraiment de travail. A peine 20 jeux sont examinés à la loupe. Tout le reste de la ludothèque apparaît à la fin du livre dans une liste façon tableau Excel…

Et sur cette vingtaine de jeux, mis à part deux-trois titres comme Shenmue ou Phantasy Star Online, les explications sont minces. À l’instar de la partie accessoires, il y a beaucoup de photos qui prennent de la place et très peu de texte permettant de contextualiser les dits jeux ou de comprendre beaucoup mieux leurs développements.

Un livre probablement aussi éphémère que la Dreamcast

En somme, le livre « La Légende Dreamcast » de Pix’n Love donne l’impression de lire une mauvaise copie d’un élève qui aurait copié une page Wikipédia. Le problème est que, même la page Wikipédia est plus claire pour une personne n’ayant jamais connu la console. Par conséquent, mis à part pour les collectionneurs acharnés de la console, cette « bible » sur la Dreamcast ne vaut clairement pas le coup même s’il y a le tampon officiel de Sega dessus. On espère qu’un jour un livre sortira pour rendre un véritable hommage à la dernière console de Sega.

La Légende Dreamcast, éd. Pix’n Love, 2022 – 39,90€ en édition Classic et 49,90€ en édition Collector.

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