Nights Into Dreams

Nights Into Dreams

par Antho

jaquette du jeu Nights Into Dreams sur sega saturnNights Into Dreams – Sega Saturn

En mars dernier, lors d’un Xbox Games Showcase assez morose, Square-Enix a dévoilé le projet de Yûji Naka et Naoto Ôshima, les parents de Sonic et du studio Sega AM8 connu par la suite sous le nom de Sonic Team. Ce projet prévu pour 2021, Balan Wonderworld, est un jeu de plateforme 3D mettant en scène dans des décors très colorés deux enfants (un garçon et une fille) qui vont suivre le clown Balan à travers le Wonderworld, un monde mélangeant réalité et imaginaire. Cela ne vous dit rien ? En voyant la bande-annonce du jeu, ce qui frappe le plus est que Balan Wonderworld est une sorte de fusion de tous les jeux de la Sonic Team. Un peu de Sonic, un peu de Billy Hatcher et surtout du Nights Into Dreams, notamment sur le plan du visuel général.

Après avoir visionné cette bande-annonce, notre petit cœur de nostalgique a voulu rejouer – bien des années plus tard – à Nights Into Dreams sur Saturn. A l’époque, ce jeu de plate-forme conceptuel avait été globalement salué pour une certaine audace et sa technique à défaut d’un succès commercial renversant. Aujourd’hui, il est plutôt courant de se moquer gentiment de Nights, un jeu enfantin et peu intéressant. Est-il temps de réhabiliter Nights Into Dreams ? C’est ce que nous allons voir dans ces quelques lignes.

Le début difficile du projet

La naissance du projet serait due à une idée soudaine de Yuji Naka, développeur. En prenant l’avion, il aurait eu envie de faire un jeu où l’on pourrait voler. Son compère, Naoto Oshima, designer, aurait alors totalement approuvé cet embryon de concept et de faire un tout nouveau jeu pour la nouvelle console de Sega, la Saturn.

yuji naka papa de sonic joue au jeu nights into dreams

Yuji Naka, célèbre papa de Sonic, a été à l’origine de Night into Dreams

La Sonic Team va avoir bien du mal à concrétiser cette idée. Avec l’aide de Takashi Lizuka, game designer, Yuji Naka et Naoto Oshima rencontrent des difficultés à bien définir leur projet. Un héros animal volant à la manière d’un Sonic ? L’idée est rejetée. Un jeu de guerre ? Un monde réaliste ? Fantastique ? Pendant des semaines, l’équipe n’arrive pas à accoucher d’idées claires et pertinentes pour ce jeu de plate-forme où l’on vole. Une nouvelle fois, la légende voudrait que, après un éclair de génie, Yujia Naka et Takashi Lizuka décident de faire de Nights un jeu se déroulant dans le monde des rêves.

Après la définition de l’univers, les choses s’accélèrent. Rapidement, le look de Nights, sorte de clown acrobate, est choisi. Pour Yuji Naka, sa forme longiligne correspond parfaitement à son idée d’un héros virevoltant dans les airs.
Cependant, il faudra deux longues années pour avoir toutes les bases du jeu (game design, les personnages d’Eliott et Claris, la définition des thèmes principaux comme les phobies, rêve/cauchemar, l’adolescence ou encore la liberté). Malgré une gestation difficile, Nights Into Dreams sort enfin en 1996 et connaît un petit succès d’estime à défaut d’un gros succès commercial.

publicité pour le jeu nights into dreams sur sega saturn

Publicité pour le jeu dans le Player One 67.
source : abandonware-magazines.org

Est-ce dû à un manque de génie du marketing pour vendre le jeu de Sega ? La seule publicité qui revenait trop peu souvent dans les magazines de l’époque était un adolescent allongé en train de regarder Nights le survoler. Le slogan était « Sur Saturn, pas la peine de dormir pour rêver » accompagné de quelques petites photos du jeu et d’un court résumé. On a déjà eu plus punchy de la part de Sega.

Peut-être est-ce dû à un manque d’appétence des médias ? Nights Into Dreams est assez peu relayé dans les médias alors que c’est censé être une grosse sortie pour Sega. Seul Player One mettra en couverture Nights dans le cadre d’un dossier sur la plate-forme 3D sur les trois consoles de l’époque. Au final, si la plupart des magazines reconnaissent une certaine beauté des animations et une originalité assez folle, les regards sont braqués sur des jeux comme Final Fantasy VII, Tomb Raider ou encore l’un des plus de grands jeux de tous les temps, Super Mario 64.
Néanmoins, ne nous y trompons pas, aujourd’hui encore Nights Into Dreams reste un titre incroyable, riche et toujours aussi jouable.

Un conte façon Sega

personnages jouables Elliot et Claris du jeu Nights into dreams saturn

Elliot et Claris – les deux personnages principaux du jeu

Au premier abord, l’histoire de Nights Into Dreams est plutôt enfantine et possède un petit côté « Peter Pantesque ». Les deux personnages principaux, Elliot et Claris, ont passé une mauvaise journée. Elliot s’est fait humilier au basket-ball par des joueurs plus grands que lui et Claris, qui rêve de devenir chanteuse, se trouve prise d’un trac terrible l’empêchant de chanter face à un jury de la « Nouvelle Star ». C’est donc tout tristes que nos deux adolescents vont s’endormir pensant trouver du réconfort dans leurs rêves. Malheureusement, dans le monde des rêves – Nightopia –, un mal redoutable sévit.

Wizeman, le grand vilain du jeu, souhaite capturer l’énergie onirique des humains avec l’aide de ses créatures, les « Nightmaren ». Cependant, à Nightopia, un être répondant au doux nom de Nights résiste et demande l’aide d’Elliot et Claris. Il leur explique qu’ils devront, dans plusieurs mondes issus de leurs rêves, récupérer cinq types d’énergie onirique. La Blanche (la Pureté), la Verte (la Sagesse), la Jaune (l’Espoir), la Bleue (L’Intelligence) et la Rouge (le Courage). Evidemment, pour ramener la paix à Nightopia, Nights aidera les deux adolescents à venir à bout des sombres projets maléfiques de Wizeman.

Derrière son histoire peut-être un peu simpliste, ce conte façon Sonic Team convoque des thèmes comme l’épanouissement, le courage face à l’adversité ou même la difficulté d’être un enfant/adolescent dans un monde adulte où le rêve n’est plus toujours permis. Certes, ce n’est pas révolutionnaire mais la sensibilité du jeu fait que cela fonctionne et touche le joueur.

Un gameplay en deux temps

L’histoire c’est bien gentil mais rien ne vaut les sensations manette Saturn en main. Nights Into Dreams a un gameplay qui pourrait se décomposer en deux phases.

La première et la plus importante partie du gameplay du jeu de Sega consiste à récupérer des boules bleues (nommés Chips dans le jeu) pour détruire le Repaire Ideya et récupérer votre énergie onirique. Au début de chaque rêve, les vilains volent quatre de vos énergies oniriques. Il faut donc les récupérer pour avoir le droit à affronter un boss de fin de niveau. Chaque rêve a quatre étapes. Dans chacune des étapes, un repaire Ideya protège une des énergies volées. Pour briser la barrière énergétique du repaire, Nights, par la voie des airs, doit récupérer 20 Chips. Il faudra suivre ce schéma quatre fois pour récupérer les énergies oniriques et avoir le droit d’affronter les boss.

“It’s a bird…It’s a plane… No, It’s Nights !”
Image issue de la version lissée Steam.

Évidemment, qui dit Sega dit arcade et qui dit arcade dit temps chronométré et note à la fin du niveau.
Chaque étape a un compte rebours durant lequel vous devez récupérer les fameuses Chips. Par conséquent, il n’y aura pas forcément le temps de flâner dans les airs et regarder gentiment les décors désignés par la Team Sega. Si par malheur – le jeu reste relativement facile – vous échouez à détruire le repaire d’Ideya dans les temps, ce n’est pas le « Game Over » pour autant. Un second gameplay intervient alors. Quand le compte à rebours tombe à zéro, Nights touche le sol et laisse la place à Elliot et Claris qui peuvent parfaitement finir de récupérer les Chips. Fini les loopings de Nights, place à la bonne vieille plate-forme de papa. Honnêtement, ces phases-là sont peu intéressantes, très rigides même pour l’époque. Pour relancer l’intérêt de ces moments mous, Claris et Elliot sont poursuivis par une horloge géante. Si vous prenez trop de temps à finir la phase, le vrai « Game Over » apparaitra.

A la lecture de ces quelques lignes, vous comprendrez que le véritable intérêt du soft réside dans les phases avec Nights. Dans un side-scrolling en 3D, Nights virevolte comme jamais. Le personnage est extrêmement facile à prendre en main : faire des loopings ou filer à vive allure est un réel plaisir. Au final, le véritable challenge est d’avoir les meilleures notes dans chaque niveau. Pour se faire, il suffira de jouer avec grâce mais surtout de récupérer des anneaux, des Chips étoilés ainsi que de passer dans des boucles pour améliorer son score. Pour les enfants de l’arcade, l’intérêt est là. Les autres finiront les niveaux et l’histoire sans retoucher à ce titre très court. Arcade oblige.

gameplay avec elliot dans le jeu nights sur sega saturn

Les phases à pied sont lourdes, imprécises. Elles contrastent avec la légèreté et la précision des phases avec Nights.

Dans Nights Into Dreams, à l’époque et même aujourd’hui, ce qui impressionne est la fluidité de l’ensemble, des animations et ce, dans des niveaux plutôt somptueux même si la 3D balbutiante des années 90 a pris un bon coup sur la tête. Néanmoins, les rêves/niveaux sont très colorés et certains passages sont impressionnants notamment ceux où Nights est déformé ou se regarde dans un miroir dans le rêve « The Soft Museum ». Quand on connait les limitations techniques de l’époque, cela reste une véritable prouesse.

De plus, la Sonic Team ne perd pas les bonnes habitudes de ses jeux précédents (les Sonic Megadrive) ou futurs (les Sonic Adventure sur Dreamcast) en dynamisant sans cesse le gameplay à travers des changements de perspective ou des phases de « roller coaster » dans lesquelles on contrôle seulement la direction dans laquelle peut aller le personnage. Par exemple, c’est le cas dans le rêve « The Stick Canyon ». Nights est harnaché à une grille qui déboule à grande vitesse entre les montagnes du niveau. Visuellement, c’est impressionnant de fluidité. Certes, le clipping tape parfois un peu trop à l’œil mais c’était le cas de la majorité des titres de l’époque.

En somme, c’est un réel plaisir de jouer au jeu de Sega. Cela tombe bien car pour coller au mieux aux sensations de liberté voulues par le jeu, les concepteurs de Sega construisent la seconde manette analogique de l’histoire vidéoludique (quelques jours seulement après Nintendo). Cette manette rondelette avec ses six boutons, ses deux gâchettes et son joystick magnifie le travail de Yuji Naka. Contrairement à la manette classique de la Saturn, le pad analogique permet de contrôler parfaitement les moindres gestes de notre ami Nights. Une véritable réussite !

Nights Into Dreams : un jeu Sega « feel good »

manette de la sega saturn

Il y a dans Nights Into Dreams, un petit côté jeu « feel good ». La prise en main est facile, les niveaux sont colorés et le jeu peut être vécu comme une ballade aérienne dans le pays des rêves. Tout donne le sourire.

La musique participe à cette ambiance générale. Avec l’utilisation de la famille des Bois au complet, un côté « Disney façon Sega » émane de Nights. Cela sent bon la bonne humeur, les bons sentiments (au sens noble du terme), le surpassement de soi, les fins qui finissent bien. Même la chanson pop un peu kitsch chantées par deux enfants (Cameron Earl et Jasmine Allen) à la fin du jeu renforce le côté « feel good » du jeu. Il suffit d’entendre les paroles pour se rendre compte que le cynisme ne fait vraiment pas partie de l’équation.

« Keep the dream of the one you’re hoping for
Love can come throught an open door
Just be strong
And you’re sure to find the one, the one, the one, the one ! »

Nights Into Dreams est vraiment un conte vidéoludique façon Sega.

gameplay avec clown Nights into dreams sega saturn

Jouer à Nights revient à s’offrir un moment de détente zen !
(image issue de la version lissée Steam)

Pour finir, l’héritage de Nights Into Dreams est finalement bien mince. Cela est dû à un succès commercial mitigé, à son concept peut-être trop abstrait pour les joueurs de l’époque, à une console – la Saturn – peinant à rivaliser avec la Playstation et la Nintendo 64 ainsi que leurs mascottes respectives (Crash Bandicoot et Mario).
Pourtant, Yuji Naka et son équipe persisteront et sortiront pour le noël de 1996, Christmas Nights Into Dream. Un CD avec le niveau « Spring Valley » relooké aux couleurs de Noël. Cette sorte d’add-on était offert avec des bundles ou par les revendeurs lors de ventes de Saturn.

Après cela, Nights Into Dreams se fera plus discret. Bien des années plus tard, après la chute de Sega, le jeu aura le droit à des portages plus ou moins heureux sur Playstation 2, Steam, ainsi que des consoles plus récentes comme la Playstation 3 & Xbox 360.
Enfin, le 25 janvier 2008, Sega tente de ranimer la licence en sortant « Nights : Journey of Dreams » sur la Wii de Nintendo. Malheureusement, c’est un échec critique et commercial.
Néanmoins, les fans de la Saturn qui ont pu mettre la main à l’époque sur Nights Into Dreams garderont toujours une petite place dans leurs cœurs de gamer pour le jeu de la Sonic Team. « Dreams, Dreams ! »

Informations techniques

Éditeur : Sega
Développeur : Sonic Team
Date de sortie : 5 juillet 1996
Nombre de joueurs : 1-2 joueurs
Style de jeu : Jeu d’aventure/plate-forme
Durée de vie : 2-3 heures sans chercher à avoir les notes maximales dans chaque niveau
Côte au 07/01/2021 : 50-60€ en complet / 7,99€ en dématérialisé sur Steam

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