Cancer et jeu vidéo, entre espoir et empathie

Avec plus de 350 000 nouveaux cas et 150 000 décès par an, le cancer est la première cause de mortalité en France et reste la maladie la plus redoutée dans l’opinion publique. Si les traitements ont évolué au cours des dernières années, être atteint par ce mal reste synonyme d’un long combat dont l’issue reste incertaine. Depuis une dizaine d’années, de nombreuses initiatives en lien avec le jeu vidéo cherchent à encourager la lutte contre le cancer, accompagner les personnes durant les phases d’hospitalisation, rendre hommage aux victimes de cette terrible maladie ou tout simplement partager une expérience personnelle. Voici une sélection de celles qui m’ont le plus marqué :

– Citons tout d’abord « l’Awesome Games Done Quick » ou AGDQ, un marathon annuel de speedrun de jeux vidéo à visée caritative diffusé en direct sur Twitch qui a réuni depuis 2011 plusieurs millions de dollars pour aider la recherche via la fondation Prevent Cancer.

– De 2007 à 2012, Sony a été partenaire de Folding@Home, un projet de recherche médicale visant à simuler le comportement de certaines protéines jouant un rôle clé dans le développement de certains cancers (et autres maladies), le tout pour faciliter la création de nouveaux médicaments. Les possesseurs de PlayStation 3 avaient ainsi la possibilité de lancer un client utilisant la puissance de la console pour effectuer un nombre très important de calculs statistiques. Plus de 15 millions de joueurs ont participé au projet, pour un total de 100 millions d’heures de calculs. Vous pouvez toujours contribuer au projet de nos jours en téléchargeant cette application.

Image tirée du client Folding@Home sur la PlayStation 3

Image tirée du client Folding@Home sur la PlayStation 3

– Dans certains services d’oncologie pédiatrique, les jeux vidéo sont parfois utilisés chez les enfants atteints de leucémies afin de limiter les effets secondaires des traitements souvent très lourds. Être concentré sur un jeu permet par exemple de libérer des endorphines, substances jouant un rôle antalgique proche de celui de la morphine. Se plonger et accomplir des choses positives dans un univers virtuel permet également d’acquérir un bien-être psychologique nécessaire pour atténuer certains ravages du cancer.

Je vous conseille de lire cet article du site Polygon qui relate en détails l’histoire de Steven Gonzales, un ancien patient leucémique pour qui les jeux vidéo ont joué un rôle essentiel tout au long de son hospitalisation. Il a depuis fondé l’association Survivor Games et présenté une conférence TEDx pour partager son expérience.
L’article évoque également certains titres à visée « ludo-éducative » comme Re-Mission, créé en 2006 dans le but d’aider les enfants à mieux comprendre la maladie pour qu’ils puissent ensuite mieux adhérer à leur traitement. Les résultats observés à l’époque ont été très encourageants, permettant la création d’une suite nommée Re-Mission 2 en 2013.

– Plusieurs studios de développement ont essayé de rendre hommage à leur manière aux personnes ayant malheureusement perdu leur combat contre la maladie. Ainsi, en 2011, Gearbox Software a appris le décès d’un fan de Borderlands des suites d’un cancer à l’âge de 22 ans et lui a rendu hommage dans le second opus, où un personnage porte son nom et un trophée/succès lui est dédié. Plus récemment, Techland a fait de même dans Dying Light en intégrant une fresque dédiée à un joueur disparu des suites d’un cancer foudroyant (plus d’informations ici).

Hommage rendu à David Acott joueur décédé d’un cancer dans Dying Light

Hommage rendu à David Acott (joueur décédé d’un cancer) dans Dying Light

Si tous ces exemples viennent nourrir l’espoir gravitant autour de la lutte contre le cancer, traiter le sujet par le prisme du jeu vidéo reste cependant un exercice complexe. En effet, difficile d’avoir envie de tester un titre dont l’objectif est de stimuler l’empathie du joueur. C’est pourtant le pari qu’essaie de tenir un jeu indépendant créé par Ryan Green, « That Dragon, Cancer », une expérience narrative interactive d’environ 2 heures explorant le quotidien d’un couple dont l’enfant de 5 ans est en phase terminale d’une forme très grave de cancer.

Il s’agit d’un témoignage très personnel, autobiographique, dans lequel le joueur est placé en tant que véritable spectateur du combat contre la maladie sans avoir la possibilité d’en changer l’issue tragique. On se retrouve ainsi témoins des moments d’espoirs, des longues séances de chimiothérapie, des mauvaises nouvelles, de la lucidité des parents concernant l’état de santé de leur fils, chacune de ces scènes étant représentée de façon plus ou moins métaphorique.

Le simple fait d’avoir intégré le mot « cancer » dans le titre du jeu est assez révélateur quant au message qu’il veut partager, à une époque où le terme reste encore plus ou moins tabou (particulièrement en France). Si on peut évidemment émettre quelques réserves sur le jeu, notamment concernant la place importante prise par la religion durant son dernier tiers, il ne sombre jamais dans le voyeurisme et relate avec justesse les difficiles étapes de ce combat.
Vous l’aurez compris, il ne faut pas voir « That Dragon, Cancer » comme un titre conçu pour s’amuser. Ryan Green a expliqué dans ce podcast les raisons qui l’ont poussé à faire ce jeu, son développement ayant notamment été un moyen d’accepter plus facilement le destin de son fils. Un documentaire explorant en détails sa phase de conception sera disponible au printemps (plus d’informations ici).

image tirée du jeu narratif That dragon cancer

Extrait du jeu narratif “That Dragon, Cancer”

Parmi les autres expériences intéressantes sur le sujet, je me dois d’évoquer Apoptosis, un jeu très court (une dizaine de minutes) réalisé par 4 étudiants de l’ENJMIN dans le cadre d’un projet de fin de première année. L’apoptose, ou mort cellulaire programmée, correspond à l’élimination automatique des cellules endommagées / nocives situées dans le corps. C’est un défaut de fonctionnement de ce processus physiologique qui peut contribuer à l’apparition d’une tumeur puis sa résistance aux différents traitements. De ce mécanisme découle justement l’objectif du jeu : favoriser la prolifération d’un cancer dans l’organisme d’un jeune homme. Le joueur incarne le cancer. Au fil de la progression, on entend la compagne du malade décrire son évolution, exprimer ses craintes et faire part de son impuissance.

Apoptosis jeu vidéo simulation cancer

Apoptosis, un jeu qui propose au joueur d’incarner la maladie

Comme l’explique très bien l’un des créateurs dans cette interview, être aux commandes d’un élément aussi impersonnel que le cancer tout en étant témoin des réactions de l’entourage contribue à créer un malaise voulu par les développeurs, coinçant le joueur dans une position inconfortable mais obligatoire pour atteindre les crédits.
Apoptosis, par sa narration originale, est là pour rappeler la place importante prise par les proches du patient tout au long de l’évolution de la maladie. Le mieux pour s’en rendre compte est d’aller essayer le jeu, disponible ici.

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J’espère vous avoir montré que le jeu vidéo pouvait évoquer ce délicat sujet qu’est le cancer avec des approches aussi variées qu’intéressantes. Si certaines d’entre elles sont là pour rappeler que l’issue de la maladie peut être tragique, d’autres peuvent jouer un rôle important dans le quotidien des patients (notamment en oncologie pédiatrique) et être synonymes d’espoir en contribuant à la recherche.

Article originellement publié sur le blog Pressstarttothink.fr

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Auteur: Blink

Joueur depuis le tout début des années 90, ma passion pour le jeu vidéo ainsi que mon éternelle curiosité m’ont poussé au fil des années à m’intéresser au versant « insolite » de cette industrie. Entre anecdotes insolites et utilisations diverses du jeu vidéo (notamment dans le milieu médical), j’ai pour vocation de vous faire découvrir ce média différemment !

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